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Une fois de plus, une résolution « contre la diffamation des religions », vient d’être adoptée (le 25 mars 2010) par le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU. L’adoption de cette résolution est emblématique d’une dérive dangereuse du Conseil qui tend à relativiser, à vider de leurs substances les principes universels qu’il est censé promouvoir. Ne pas pouvoir émettre une position critique face aux dogmes religieux est une atteinte grave à la liberté d’expression définie par l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
Le combat a commencé en 1997, il s’intensifie ces jours même, au sein du conseil.
La résistance s’organise et les ONG “demandent instamment au Conseil des Droits de l’Homme de rejeter toute résolution visant à promouvoir la notion de diffamation des religions”. Même si cette résolution est passée, c’est à une courte majorité marquant ainsi une érosion des états qui la soutiennent. La mobilisation des ONG y a certainement contribué.
Au sein du Conseil, l’offensive continue. Ce qu’on nomme « le bloc », emmené par l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) et une majorité de pays autoritaires, notamment Cuba et la Chine, essaie en effet de faire entrer « la diffamation des religions » dans des normes internationales complémentaires plus contraignantes que celles figurant dans la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. Il faut craindre que ces normes ne se focalisent que sur la haine religieuse et la protection des religions, et non plus sur la lutte contre toutes formes de racisme, alors même que de l’avis de nombreux experts, l’incitation à la haine religieuse est suffisamment couverte par les normes et les cadres juridiques internationaux existants.
Un exemple de cette dérive concerne une des mesures pourtant positives du Conseil : soumettre chaque pays à un «examen périodique universel ». Grande première! La Chine, responsable de nombreuses violations, peines de mort, arrestations d’opposants, Tibet etc. passe sur le grill. Grand espoir chez les ONG… très vite déçu! Car la logique des blocs joue en faveur de l’Empire du milieu. Et la Chine n’est pas condamnée. Elle, qui réprime dans le sang les musulmans ouïgours, est même soutenue par l’Organisation de la Conférence Islamique. De surcroît, elle est saluée par certains pour « sa réussite dans le domaine des droits de l’Homme ». Un comble!
Sous l’impulsion de Kofi Annan et du Département des Affaires Etrangères Suisses, le Conseil des droits de l’Homme a été créé pour mettre fin à la politisation excessive de la Commission. Le Conseil est une institution indispensable, il ne faudrait pas qu’elle se décrédibilise davantage en revenant aux dérives politiciennes de l’ex-commission. Le Conseil doit condamner sans atermoiements les agissements, qui au nom d’une culture, du marché, d’une politique ou d’une religion, constituent des atteintes à la dignité humaine.
Ce qui est en jeu, c’est l’universalité des droits humains. Certains états, la Chine, l’Iran, qui comme chacun le sait, sont « très respectueux des droits de l’Homme », veulent nous faire croire que les principes de la declaration universelle sont occidentaux et proposent d’autres modèles basés sur leur culture ou émanant de sources divines. Or l’universalité n’est ni du nord ni du sud, elle se définit par la souffrance des victimes ceux qui, partout sont battus, tués, torturés, humiliés.
Plus que jamais les ONG, les Etats épris de justice, les institutions onusiennes et toute la société civile doivent se mobiliser et exiger une réforme du Conseil. Ceci pour combattre la menace du relativisme qui pèse sur lui et éviter que de nombreuses violations soient ignorées. En cassant la logique « politique » des blocs, cet organe doit retrouver son âme et promouvoir les objectifs de la Déclaration universelle qui sont sa raison d’être.
Leo Kaneman, co-directeur du
Festival du Film et Forum International sur les Droits Humains (FIFDH) |